L’étrange chemin de Damas du vol AF562

L’étrange chemin de Damas du vol AF562

Article publié en 2012 sur www.communication-sensible.com
Magazine de la communication de crise et sensible | Directeur de la publication : Didier Heiderich - Publication Editeur : Observatoire International des Crises (OIC) - ISSN 2266-6575

Par Natalie Maroun et Didier Heiderich

Comment un simple barrage de pneus brulés sur la route de l’aéroport de Beyrouth a pu détourner un vol Air France vers une destination aussi improbable que Damas pour faire le plein avant de repartir pour Larnaca ? Ce détour par Damas, la capitale syrienne en proie aux bombardements et aux conflits civils pose de nombreuses questions sur la prise d’une telle décision dont les contours semblent surtout géopolitiques.

L’évaluation du risque

C’est en juillet 2006 que la décision de ne pas atterrir à Beyrouth et de rebrousser chemin a été prise la dernière fois par Air France. Il faut dire que la situation était extrême, le tarmac de l’aéroport de Beyrouth venait d’être bombardé par l’aviation israélienne. En comparaison à une situation de guerre, quelques pneus qui brûlent sur la route de l’aéroport semblent être un artefact. C’est pourtant dans un pays en guerre qu’Air France a choisi de faire atterrir son avion. Etrange choix entre un pays en guerre où résonne le bruit des canons et un aéroport sécurisé.

Car jusqu’à nouvel ordre, Damas est une destination particulièrement dangereuse et ses dangers sont multiples. D’abord, danger pour les passagers, notamment libanais et plus généralement arabes. Il aurait suffit que les forces de sécurité syriennes pénètrent dans l’appareil pour décider de l’emprisonnement de passagers. Danger aussi pour les passagers français qui qui ont choisi l’aéroport de Beyrouth comme destination alors que l’on sait le régime syrien totalement imprévisible. Ce régime aurait également pu simplement décider d’immobiliser l’avion, de faire des otages et de les utiliser pour faire pression sur la diplomatie française. Ce risque est d’autant plus élevé qu’au sein même de l’appareil militaire syrien, les tensions sont vives. Un élément incontrôlé de l’armée aurait pu également lancer un missile sol-air –et les bévues ne sont pas rares-, détruire l’avion et tuer les 174 passagers et les membres de l’équipage. Rappelons qu’en juin, la Syrie a abattu un avion de chasse Turc hors de ses frontières.

Entre un pays ami dans lequel sont stationnées des troupes françaises en capacité d’atteindre l’aéroport en 30 minutes et Damas où même l’ambassade de France est fermée il y a un long chemin à parcourir. Air France a probablement évalué ce risque. Qu’importe, le vol AF562 a atterri en Syrie et l’on peut imaginer que la décision n’a pas été prise à la légère. Plusieurs possibilités s’offrent à nous pour essayer de comprendre une telle décision.

Décision

D’abord, l’avion n’aurait pas pu facilement repartir de Beyrouth après avoir fait le plein : c’était risquer une révolte des passagers qui n’auraient pas accepté de repartir une fois à destination. Il fallait donc absolument éviter que les passagers débarquent. Ceci soulève une question essentielle : quels passagers en particulier ne devaient pas croiser les barrages chiites sur la route de l’aéroport et faire l’objet de contrôles ? La présence le lendemain de Laurent Fabius au Liban a-t-elle un rapport avec cette décision ? Et si certains passagers étaient « sensibles » pourquoi l’armée libanaise n’est-elle pas intervenue pour assurer leur protection ? A cette heure, le vol est reparti pour Beyrouth depuis Larnaca. Nous ne saurons probablement jamais s’il compte le même nombre de passagers qu’au moment où il a quitté l’aéroport de Charles de Gaulle.

Signaux géopolitiques

Le vol AF562 ne pouvait atterrir à Damas sans l’assurance qu’il serait en sécurité et qu’il pourrait faire le plein et repartir sans délai en évitant tout contrôle à bord. Et cette décision d’atterrir en Syrie a été prise en plein vol, c'est-à-dire en moins trois heures. C’est dire que les liens diplomatiques entre la France et le régime de Damas semblent loin d’être coupés pour fonctionner aussi rapidement. Ceci pose la question de ce qui a pu être donner en contrepartie pour assurer la sécurité et même la tranquillité – toute relative – des passagers.

Les contours de la diplomatie française semblent se redessiner à la lumière de cet événement. Nous sommes loin des discours politiques et des images renvoyés par les médias. Ce régime honni et sur lequel la France fait pression, semble, pour Air France et probablement pour la diplomatie française, plus sûr qu’un pays ami. Est-ce qu’à travers ce vol la diplomatie française a effectué son chemin de Damas ou était-elle déjà convertie ? Autant de questions de posées dorénavant sur la politique de la France dans un Moyen- Orient au bord de l’explosion.

Natalie Maroun et Didier Heiderich

Photo de Vincent Genevay

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